Des fractures sociétales au populisme

Dans le débat public, le populisme a mauvaise presse. Il n’est plus ce qu’il a pu incarner dans la deuxième moitié du XIXème siècle en Russie, quand la jeunesse urbaine, éduquée, faisait le choix de rejoindre le peuple et d’aller dans les campagnes, ou quand des intellectuels s’efforçaient de conjuguer appel à la justice sociale, et référence aux traditions et à la culture russes. Le mot « populisme » est devenu une formule pour rendre compte avant tout de logiques anti-démocratiques qui, sans aller jusqu’à l’autoritarisme ou au totalitarisme, n’en relèvent pas moins des tendances inquiétantes, décrites comme nationalistes, racistes, xénophobes et portant en germe, comme un vers dans le fruit, l’extrémisme et les dérives violentes.
En fait, s’il est difficile de définir de façon satisfaisante le populisme, il est possible d’en décrire les traits les plus courants. Comme son nom l’indique, le populisme se réfère au peuple et le pare de toutes les vertus. Il entend assurer une liaison directe, sans intermédiaires, entre ce peuple et ses dirigeants, sautant au-dessus des médiations que constituent les partis politiques et les institutions parlementaires. Une telle liaison revient généralement à un leader imposant à tous un pouvoir charismatique, et incarnant à lui seul le pouvoir et le peuple.
Le populisme se présente comme le contraire du « système » et des forces organisées qui le structurent. Il relève à certains égards de la pensée magique. C’est pourquoi il n’est pas embarrassé par ses contradictions. Il a sa morale, son sens de la justice. Si ses dirigeants se font rattraper pour des affaires de mœurs ou de corruption, ils n’en sont pas nécessairement discrédités.
Comme l’explique le sociologue Michel Wieviorka, le populisme trouve un espace dans les situations historiques de changement : quand un vieux monde se défait et que le nouveau tarde à se mettre en place, quand les systèmes politiques classiques entrent en crise, que les repères se défont, que le sens des choses devient confus, ou se perd.
C’est précisément ce que nous vivons aujourd’hui.
Si le populisme, en lui-même, n’est pas violent, autoritaire, radical, il précède souvent, dans l’histoire, des phases particulièrement dangereuses. En effet, quand les contradictions deviennent intenables, le populisme engendre des solutions de déchirement et de rupture. Son succès repose sur une série de fractures sociétales.
Il revient à chacun et particulièrement aux femmes et aux hommes politiques de s’inscrire dans une logique de cohésion sociale et d’intelligence collective qui commence par le savoir vivre-ensemble comme nous, élu-e-s de terrain, nous y engageons pleinement au quotidien.
Bénédicte Ibos
Conseillère municipale
bibos@ville-malakoff.fr
psmalakoff.fr

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